Lettre au président par Stéphane Bern

Stéphane Bern, Jean-Louis Butré et un collectif de personnalités représentant de nombreuses associations de protection du patrimoine architectural et artistique lancent un appel au Président Macron sous la forme d’une lettre reproduite ci-dessous :

Le 18 juin 2020

Objet : Lettre ouverte au Président de la République 

Monsieur le Président, 

En soulignant, le 14 janvier dernier, que « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir », que « la capacité à développer massivement l’éolien est réduite » et « qu’on ne peut l’imposer d’en haut », tandis que Madame Elisabeth Borne reconnaissait l’existence de « saturations visuelles absolument insupportables », vous avez redonné espoir à tous ceux qui luttent contre une agression environnementale inouïe par son ampleur et sa brutalité. 

Nous souhaitons vous alerter sur l’urgence de la traduction en actes de cette orientation nouvelle : 

Chaque semaine de nouveaux projets éoliens sont autorisés par les préfets dans des sites emblématiques malgré l’opposition des riverains, des maires, des commissaires enquêteurs, des architectes des Bâtiments de France, comme sur les sites de la cathédrale de Sées dans l’Orne ou de Banyuls dans les Pyrénées orientales. Ces véritables coups de force administratifs provoquent désormais une très vive hostilité des populations riveraines.

Le cas de la Montagne Sainte Victoire connue mondialement grâce à Cézanne et figurant à la demande de la France sur la Liste indicative des biens de valeur universelle exceptionnelle destinés à être inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO est particulièrement édifiant : Le projet d’implantation de 22 éoliennes à seulement 10km de son sommet a suscité une pétition signée à ce jour par plus de 17.000 personnes alors que le promoteur de ce projet a lancé les travaux d’aménagement sans attendre l’issue d’un recours devant la juridiction administrative…

De toute la France remontent les plaintes de ceux qui subissent déjà l’implantation anarchique des plus de 8.000 éoliennes existantes : 

– pollution visuelle et sonore, de nuit comme de jour, – impact sur la santé des personnes riveraines et effondrement de la valeur des biens immobiliers, 

– impact sur la faune animale qu’il s’agisse d’espèces protégées ou de troupeaux d’élevage, 

– artificialisation irrémédiable des sols par des socles en béton de plus en plus massifs, – sous-estimation manifeste du coût du démantèlement, lequel restera largement à la charge des collectivités publiques le moment venu,

– caractère intermittent, aléatoire et imprévisible de la production d’électricité d’origine éolienne, qui oblige à recourir à des énergies de substitution, gaz ou charbon, lesquelles augmentent les rejets de CO2, 

L’implantation « harmonieuse » de 6.500 nouvelles machines encore plus puissantes est un leurre qui va à l’opposé du diagnostic que vous avez porté. 

La consultation publique récemment conduite à l’occasion de la révision de la « Programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE) a montré que 70% des avis recueillis étaient hostiles à l’éolien, confirmant ainsi votre jugement. 

D’autres pays que le nôtre tels que le Royaume Uni, l’Allemagne, le Danemark et l’Espagne, ayant fait l’expérience du coût prohibitif de l’éolien et de son inefficacité en termes de réduction des émissions de CO2, ont interrompu les systèmes d’aide en vigueur pour l’éolien terrestre et donné un coup d’arrêt à sa prolifération. 

Alors que la PPE a été publiée en catimini le 20 avril dernier sans avoir tenu le moindre compte de la consultation organisée à l’occasion de sa « révision » pour laquelle nous avions présenté un projet alternatif, nous proposons que trois mesures soient prises au plus vite :

– Accroître la distance minimale entre les éoliennes et les habitations. Cette distance, 500 mètres à l’égard de toute habitation ou monument, a été fixée à une époque où les éoliennes étaient deux fois moins hautes qu’aujourd’hui et donc moins agressives. A présent surgissent des projets de 200 mètres de haut, soit la hauteur de la tour Montparnasse. La distance minimale devrait être portée à 10 fois la hauteur de l’éolienne, pale comprise, comme c’est le cas en Bavière ou en Pologne. 

 Rendre obligatoire l’avis de l’architecte des bâtiments de France dans le cadre de l’instruction de projets d’implantation d’éoliennes, quel qu’en soit le nombre, dans un rayon de 10km des monuments historiques et des sites protégés (sites classés et sites patrimoniaux remarquables) ainsi que celui de la Commission régionale du Patrimoine et de l’Architecture, pour ces mêmes projets, dans le cas de recours devant le préfet de région. 

– Réduire le prix d’achat de l’électricité produite par les éoliennes en appliquant la procédure des appels d’offres à tout projet d’installation d’éoliennes quel que soit leur nombre. Cette formule préconisée par l’Union européenne permettra d’éviter le maintien de recettes garanties exorbitantes dont le coût pour la collectivité croît de manière exponentielle. Elle n’est actuellement applicable que pour les ensembles de plus de 6 éoliennes, et se trouve donc systématiquement contournée. 

Nos associations nationales, mais aussi européennes et internationales, réaffirment leur attachement aux paysages de la France, qu’ils soient exceptionnels ou du quotidien. Ils forment en effet le cadre de vie des Français et l’écrin de nos monuments les plus précieux. Ils sont admirés et visités par des millions de touristes en provenance de l’Europe et du monde entier. On ne saurait les sacrifier à l’éolien dont l’impact environnemental est globalement négatif.

Nous sommes à vos côtés pour construire une autre voie conduisant à une transition écologique acceptée par tous les citoyens. 

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de notre très vive considération. 

Stéphane Bern

Gilles Alglave, Président de Maisons Paysannes de France

Christine Bru, Vice-présidente de Patrimoine Environnement 

Jean-Louis Butré, Président de la Fédération Environnement Durable

Denis de Kergorlay, Président de la French Heritage Society 

Julien Lacaze, Président de Sites et Monuments 

Olivier de Lorgeril, Président de la Demeure Historique

Marie-Georges Pagel Brousse, Présidente de Rempart

Hermann Parzinger, Président exécutif d’Europa Nostra

Olivier de Rohan Chabot, Président de La Sauvegarde de l’art français 

Daniel Steinbach, Président de Vent de Colère

Philippe Toussaint, Président des VMF (Vieilles Maisons Françaises)

L’enfouissement des pales d’éoliennes

Aux Etats-Unis, le démantèlement des éoliennes pose un vrai problème écologique, les pales, faites en fibre de verre ne sont pas encore recyclables et sont tout simplement enfouies, dans 3 états qui ont accepté ces déchets ; joli cadeau pour les futures générations.
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Photographe : Benjamin Rasmussen pour Bloomberg Green

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Depuis quatre mois l’éolien a coûté plus d’un milliard d’euros aux français

Lettre de la FED adressée par courrier aux 924 députés et sénateurs

Cette lette  dénonce le scandale des tarifs garantis qui conduisent EDF depuis 4 mois à  brader sur le marché spot l’électricité éolienne invendable.
Elle condamne  aussi la signature en catimini  de la Programmation Annuelle de l’Energie  (PPE) par Mme  Élisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et solidaire.

Paris le 28/05/2020

Madame la députée, Monsieur le député Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur

Bonjour

Depuis quatre mois l’éolien a coûté plus d’un milliard d’euros aux français

Depuis quatre mois, des milliers de citoyens de toutes nos régions de France adressent à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République, à Monsieur Edouard-Philippe, Premier Ministre, et à Madame Élisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et solidaire une pétition intitulée : L’éolien industriel accapare l’argent de la Santé ! Halte au scandale !

Pour seule réponse, le Gouvernement a promulgué en catimini le 21 avril dernier, en pleine crise du coronavirus, le Décret n° 2020-456 de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), alors même que l’enquête publique faisait état d’un avis défavorable, à plus de 60% des participants, sur la politique de production électrique imposée.

Ce déni démocratique condamne la France au déclin, à la perte de notre souveraineté énergétique, à la privatisation de la production électrique, à la faillite d’EDF, à l’augmentation programmée du coût de l’électricité.

La Cour des Comptes en 2018, et plus récemment la commission d’enquête Parlementaire n° 2195 sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, ont alerté le Gouvernement sur l’inanité et les dangers d’une politique d’encouragement disproportionné des Énergies Renouvelables Intermittentes comme l’éolien.

Au point que la Rapporteure de la Commission d’enquête parlementaire sur « l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l’acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique » déclarait en octobre 2019 que le développement de l’éolien était sans aucun effet dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le Chef de l’État lui- même, dans son intervention à Pau le 14 janvier 2020 prenait ses distances en déclarant que « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays » et estimé qu’on « ne peut pas imposer l’éolien d’en haut. » Dans le même temps bon nombre d’élus locaux, présidents de département ou de région alertaient le Gouvernement en ce sens.

Pourtant depuis 3 ans, le Gouvernement n’a eu de cesse de museler, par tout un arsenal de textes législatifs, la parole des citoyens inquiets de cette politique insensée, contre-productive en terme écologique et mortifère pour notre intérêt national.

Nos associations représentant des dizaines de milliers d’adhérents dans tous les territoires, sont libres de tout pouvoir politique, indépendantes de tout lobby financier, éloignées de toute visée électoraliste ou promotion politique personnelle. Aussi, en votre qualité d’élu national, vous êtes pour nous le dernier recours démocratique pour que cesse le scandale de la politique de production électrique dans notre pays.

Nous vous demandons donc d’interpeller le Gouvernement et Mme la ministre de la transition écologique et de proposer au Parlement de légiférer sur la fin des tarifs subventionnés aux industriels producteurs des énergies électriques éoliennes intermittentes.

Vous trouverez ci-joint le rapport de cette gabegie d’État pour la période du 1er janvier au 30 avril, selon les données officielles du Réseau de Transport d’Électricité et de la Commission de Régulation de l’Énergie : Bénéficiant de mécanismes de rémunération totalement anormaux, les promoteurs éoliens ont ainsi gagné en 4 mois plus d’un milliard d’euros de subventions pour une production électrique excédentaire, totalement exportée à perte et mettant en danger la stabilité de nos réseaux.

Compte tenu de ces montants nous publierons désormais chaque mois le bilan financier catastrophique pour la France de cette filière. En votre qualité d’élu(e) de la nation, il vous appartiendra de censurer ou de cautionner ces données, dont prochainement lors des débats budgétaires de la rentrée.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

Jean-Louis Butré Président

Monsieur le président de la République, mettez un terme à l’implantation des éoliennes !

Signez la pétition

Monsieur le président de la République,

Le 14 janvier dernier, participant à une table ronde à Pau sur l’« écologie dans nos territoires », vous avez déclaré : « Le consensus sur l’éolien est nettement en train de s’affaiblir dans notre pays. […] De plus en plus de gens […], qui considèrent que leur paysage est dégradé, ne veulent plus voir de l’éolien près de chez eux. Il ne faut pas l’imposer d’en haut. »

Quiconque en effet traverse la France en est le témoin : partout se dressent des éoliennes, ces pylônes aux pales gigantesques, vrombissants, clignotants nuit et jour. Les plaines céréalières, les collines provençales, les rivages des océans, aucun arpent de terre ni de mer n’est à l’abri.

Objets industriels, fabriquées en série, elles uniformisent un pays distingué d’entre tous pour la diversité, la variété, la beauté de ses paysages. Hors d’échelle, ces turbines accaparent la vue, écrasent ce qui les entoure.

Turbines, en effet, aérogénérateurs plus rigoureusement, les éoliennes n’ont rien de bucolique, rien de pastoral.

Notre œil est blessé, notre sensibilité affectée, notre sens du beau offensé. Entre 7 000 et 8~000 aérogénérateurs aujourd’hui, 25 000 en 2025. « D’ici dix ou quinze ans, notre pays aura changé de visage », prévient Alexandre Gady, le président de la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France.

Se soucier du visage de la France, n’est-ce pas une des prérogatives, une des plus nobles prérogatives du politique ?

Et puis, vous nous l’accorderez, il est pour le moins paradoxal de se comporter en « maître et possesseur de la nature » – ce credo de la modernité compromis dans la dévastation de la terre –, lorsque l’on entend, comme vous le faites tous, agir au nom de l’écologie.

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, on veut asseoir dans l’opinion l’idée que le salut de la planète passera par l’implantation d’éoliennes. Or, si la cause est juste, impérieuse même, les éoliennes ne feront rien à l’affaire. Pour une raison très simple : notre production d’électricité est pour l’essentiel d’origine nucléaire et, s’il présente bien des inconvénients, le nucléaire ne produit pas de gaz carbonique. « C’est grâce au nucléaire que la France est un des pays les plus décarbonés au monde », rappeliez-vous dans Le Monde en juillet 2015.

Quant à remplacer le nucléaire, la chose ne saurait être envisagée, sauf à rouvrir des usines à charbon ou à pétrole. La production d’électricité des éoliennes est si intermittente, si aléatoire qu’aucun pays ne saurait raisonnablement y gager son indépendance énergétique – jusqu’à nouvel ordre, les hommes ne sont pas en mesure de commander les caprices des vents.

De plus, la réalité est beaucoup moins souriante et écologique que les discours officiels veulent nous le faire accroire : bétonnage des sols, matériaux de construction des aérogénérateurs essentiellement non recyclables, redoutable mortalité des oiseaux qui viennent se fracasser contre les hélices, perturbation des circuits de migration, brouillage des ondes qui désoriente les chauves-souris, ronronnement continu, gabegie financière – les éoliennes ne vivant quasiment que de subventions publiques –, durée de vie extrêmement courte, entre 15 et 20 ans, le démantèlement s’avérant si onéreux qu’elles restent en place, finissant par constituer de véritables cimetières de pylônes rouillés.

Enfin, l’implantation de l’éolien se fait contre la volonté des populations. La résistance est vive en effet : 70 % des projets sont contestés. Longtemps impatienté par ces résistances, vous avez fait adopter de nombreux textes visant à « assouplir la procédure », autrement dit à contourner les oppositions. Puis le mouvement des gilets jaunes est passé par là. Vous nous avez dit qu’il vous avait changé. Les propos que vous avez tenus à Pau en portent la promesse. Vous avez une belle occasion de démontrer dans les faits que vous ne gouvernerez plus contre cette France périphérique longtemps oubliée. Alors, mettez un terme à l’implantation des éoliennes, qui concerne et chagrine au premier chef cette France rurale dont vous faites si grand cas.

Bérénice Levet, philosophe
Alain Finkielkraut, philosophe
Stéphane Bern, animateur télévision et radio, écrivain
Jean Clair, conservateur, ex-directeur du musée Picasso, essayiste
Jean-Pierre Le Goff, sociologue
Patrice Gueniffey, historien
Yves Michaud, philosophe
Pascal Vinardel, peintre
Benoît Duteurtre, musicologue, écrivain, essayiste
Paul Thibaud, ex-directeur de la revue Esprit